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"Pour un centre libre, avec l'aide duquel on pourra faire face demain à des défis redoutables"
14 mai 2012
Jean Peyrelevade a appelé à la construction d'un "Centre libre de ses pensées et de ses actes", qui travaillera de façon constructive avec la nouvelle majorité, dans une tribune publiée par Le Monde, lundi 14 mai.
"Comme des millions de Français qui, tous ensemble, ont formé
une majorité, je me félicite de la victoire de François Hollande.
Mais le nouveau président est trop avisé pour ne pas savoir qu'elle
est à la fois superbe et fragile.
Car l'exploit ne peut faire oublier les mouvements de fond.
Historiquement, sociologiquement, électoralement, la France n'est
pas à gauche. La Ve République a aujourd'hui plus d'un demi-siècle.
Sept présidents se sont succédé à sa tête. Cinq de droite et deux
de gauche. Les chiffres sont éloquents : les rapports de durée
reflètent les rapports de forces.
Encore faut-il noter que les deux champions victorieux, François
Mitterrand et François Hollande, ont bien entendu été élus sur leur
mérite propre, mais avec un point commun : ils ont tous deux battu
un président sortant affecté par l'usure du pouvoir et dont la
personnalité avait suscité un véritable rejet dans une large partie
de l'opinion publique.
Comment pouvez-vous oublier, me dira-t-on, que la gauche a, depuis
dix ans, emporté toutes les élections locales ? S'appuyant sur les
municipalités, les départements, les régions successivement
conquis, n'a-t-elle pu ainsi aller jusqu'à s'emparer du Sénat ? Ne
détient-elle pas aujourd'hui tous les pouvoirs, à tous les niveaux
? Le paradoxe n'est qu'apparent. La démocratie française, plus
qu'aucune autre, sanctionne volontiers qui exerce le pouvoir le
plus élevé, le pouvoir souverain.
La droite ayant gagné trois fois de suite l'élection présidentielle
était depuis dix ans, sans interruption, en charge des affaires de
l'Etat. La gauche, force d'opposition, a triomphé aux élections
intermédiaires. Le balancier va maintenant partir dans l'autre
sens.
Qui ne s'étend pas recule. La gauche, si elle reste enfermée dans
ses frontières traditionnelles, dans sa situation en fait
minoritaire, n'aura ni la capacité dans l'immédiat de gouverner un
pays plongé dans une crise profonde, ni, à plus long terme, celle
de se maintenir de manière durable aux commandes de l'Etat. Un
quinquennat et puis s'en va ? L'échec serait encore plus
retentissant que ceux de Valéry Giscard d'Estaing, en 1981, ou de
Nicolas Sarkozy en 2012.
Signe spectaculaire
Cependant, un fait important, qui peut devenir décisif, s'est
produit pendant cette campagne. Le centre, jusqu'ici considéré
comme une marche de la droite, a manifesté de manière explicite sa
volonté d'indépendance. La décision personnelle de François Bayrou
appelant à voter pour François Hollande en a été le signe
spectaculaire. Les reports de voix en faveur de ce dernier et les
votes blancs comme les abstentions d'une majorité des électeurs du
MoDem ont joué leur rôle dans l'élection du nouveau
président.
Indépendance ne veut pas dire ralliement. Pas plus ici que là. Mais
la gauche de gouvernement, dont le pays attend aujourd'hui qu'elle
montre ce qu'elle sait faire, devrait avoir à coeur de consolider
cette évolution. Dans l'intérêt de la France comme dans le sien
propre. Un centre libre de ses pensées et de ses actes, un centre
avec l'aide duquel on pourra, le cas échéant, faire face demain à
des défis redoutables n'est-il pas préférable à un centre inféodé à
droite et donc hostile par principe ?
François Bayrou, le premier, a fait mouvement. Je m'adresse à mes
amis sociaux-démocrates, à mes amis réformistes : c'est à eux
maintenant de bouger."
Jean Peyrelevade,
















